L’Arrivée

Ambiance

“Une belle vie” se diront certains. “Une vie trop injuste” pour d’autres. Courte, douloureuse, longue, cela n’a plus grande importance. Votre histoire de mortel arrive à son terme, sous la hache du bourreau, confortablement installé sur votre lit de mort, ou abandonné parmi les milliers de cadavres d’un champ de bataille glorieux. Votre esprit se fait léger. Votre dieu vous appelle ! L’essence qui vous compose semble comme transportée ailleurs, voyageant parmi des millions d’étoiles à une vitesse vertigineuse. Tout semble merveilleux, à mesure que votre voyage se déroule, une certaine sérénité s’installe.

Un calme qui sera troublé par un battement de cœur lointain, dont le tambour se fait plus lourd et plus distinct à chaque instant, martelant votre esprit… Quelle qu’en soit l’origine, il se rapproche, et rapidement. L’angoisse vous prend, le malaise vous atteint, s’infiltrant en vous comme un poison insidieux. Vous vous dites “J’ai froid, très froid”, et vous n’auriez pas tort, car alors que le battement s’interrompt l’espace d’un instant, laissant place à un silence lourd et inconfortable, une main glacial vous agrippe, vous tirant en arrière avec la violence d’un typhon. La sensation d’avoir le sang qui se glace vous parcoure rapidement, pendant que les étoiles s’éteignent une à une, laissant place aux ténèbres implacables qui vous engloutissent pleinement, vous laissant seul avec vos pensées dans le néant absolu.

Après ce qui semble une éternité, un flash de lumière intense vous aveugle, d’un blanc éclatant, fendant la noirceur absolue et vous enveloppant. Les ombres se replient et alors que vous pensiez ne plus jamais sentir cette sensation, votre propre poids vous attire au sol, votre corps s’écroulant lourdement sur un plancher de bois humide. Vos sens sont en feu,  votre corps est amoindri, lourd, fatigué. Aveuglé par le flash, vous tâtonnez autour de vous, cherchant à comprendre où vous êtes. Des vagues, l’odeur de la mer ou de l’océan viennent emplir vos narines et le tintement doux de petites clochettes asiatique secouées par le vent vous parvient. Finalement, c’est le son d’une voix que vous entendez. Calme, rassurante, féminine, mais incompréhensible. Vous ouvrez lentement les yeux pour promener votre regard paniqué et flou aux alentours. “Mais ou ai-je bien pu tomber ? Qui est là ?”. Lentement votre vue devient plus nette, trouvant l’origine de la voix. Une khitane, pour les plus cultivés. Une bridée pour les plus intolérants mais néanmoins cultivés. Ou une simple curiosité. Penchée sur vous, elle vous regarde de ses yeux d’un vert émeraude profond, pétillants de malice et d’intérêt pour vous.

“Bienvenue au port du soleil couchant, mon ami” dit elle finalement dans une langue qui vous apparait comme familière, avant de vous abandonner à la redécouverte de vos sens, nu, sur les planches d’un ponton lavé par les vagues aux abords d’une jungle à la chaleur étouffante mais dont les ombres se font inquiétantes et glaciales …